Dans la province de Mai-Ndombe, en République Démocratique du Congo (RDC), une initiative historique bouscule les lignes de la gouvernance locale et de l’égalité des genres. Porté par l’Association des Femmes Autochtones Pygmées (AFAP) et coordonné par Brunelle Ibula Bolondo, le projet « Leadership féminin et autonomisation économique des femmes autochtones pygmées » s’attaque aux barrières culturelles pour donner une voix à celles qui en ont été longtemps privées.
Briser le poids des coutumes par le savoir
Traditionnellement reléguées au rôle exclusif de ménagères et assujetties aux impératifs de la procréation, les femmes autochtones pygmées (PA) de la région évoluent historiquement dans un contexte de forte soumission qui limite leur expression publique. Habituées à vivre au jour le jour grâce aux ressources naturelles de la forêt, les notions d’épargne, de leadership ou de gestion financière leur étaient totalement étrangères.
C’est dans le secteur de Pendjwa que l’AFAP a choisi de déployer ses activités, marquant la toute première sensibilisation de cette communauté aux concepts d’autonomie économique. Cette démarche a suscité une véritable prise de conscience collective, éveillant la curiosité des femmes sur leurs droits fondamentaux, notamment l’accès aux études, aux mariages civils et aux fonctions publiques.
Des actions concrètes et des résultats quantifiables
Le projet s’est structuré autour de sessions de formation intensives et de démarches cartographiques participatives, affichant des résultats probants au cours de la période :
- Sensibilisation et Leadership : 60 femmes autochtones pygmées ont activement renforcé leurs connaissances en matière de genre, de leadership féminin, de droit à la terre et de gestion durable des ressources naturelles au cours d’ateliers dédiés.
- Gouvernance forestière : 60 femmes ont pris part aux étapes de micro-zonage participatif. Ce travail technique constitue la première pierre indispensable pour amorcer le processus légal de création des Forêts de Communautés Locales (CFCL).
- Recherche terrain : Une enquête ciblée a permis d’interviewer 30 femmes autochtones directement sur les zones forestières concernées afin de mieux documenter leurs réalités et sécuriser leurs droits fonciers.
Au-delà des chiffres, ces activités ont généré des victoires organisationnelles majeures. L’AFAP a notamment conçu un module de formation spécialisé et a soumis un dossier complet auprès des autorités provinciales compétentes en vue de l’octroi d’un titre forestier officiel.
Les défis du terrain et recommandations
La mise en œuvre du projet se heurte toutefois à des réalités structurelles complexes. Sur le plan socio-économique, la transition vers une gestion financière rigoureuse reste un apprentissage de longue haleine. Politiquement, l’accès sécurisé aux espaces forestiers fait face à des résistances, tandis que sur le plan technologique, le déploiement est freiné par l’absence totale de réseaux mobiles dans la zone d’intervention.
Pour amplifier l’impact de ces actions d’ici 2029, l’AFAP formule plusieurs recommandations stratégiques :
- Sécuriser les espaces communautaires via le micro-zonage pour contrer l’exploitation forestière abusive.
- Vulgariser massivement la loi portant protection des droits des peuples autochtones.
- Augmenter les budgets alloués à la formation et à l’encadrement des femmes.
- Implanter des unités de transformation (notamment des moulins à maïs et à manioc) pour valoriser localement les excédents agricoles.
En plaçant les femmes au centre de la gestion des ressources et de la prise de décision, l’AFAP ne s’adjuge pas seulement le statut d’acteur crédible auprès des partenaires internationaux ; elle sème les graines d’une résilience durable pour toute la communauté pygmée de Pendjwa.








